Nathalie Riera

Puisque Beauté il y a

par Nathalie Cousin

 

Dehors, il neige et je pense à ces mots de Nathalie Riera « une page blanche comme un parterre de neige ». Serait-ce un signe ou une incitation ?

Depuis que j’ai entendu Nathalie Riera lire Puisque Beauté il y a le 28 novembre dernier à la Halle Saint-Pierre à Paris, je lis et relis son recueil, sa voix douce et sereine encore dans l’oreille. Ce qu’elle dit m’interpelle. J’ai envie de lire à mon tour ses textes, d’en parler, et pour cela peut-être de commencer par décrypter deux de ses questions : « Mais qu’aurais-tu à me dire poète ? et quel besoin de te lire ? »

Qu’a donc à nous dire Nathalie Riera dans les deux « Carnets de campagne » qui composent ce recueil : « Elegeia et autres chants de soleil » puis « La rosée sur les ronces l’enfance » ?

Sans concessions, pour Nathalie Riera, la poésie n’est ni une consolation ni une façon de « consigner le malheur ». Elle refuse « ce qui dévaste », la tristesse, les pleurs, les regrets, la nostalgie, les chimères, les fruits avariés. Dans le premier des deux Carnets de campagne, son Elegeia ne garde trace d’aucun sentiment élégiaque. Mais elle retient le lyrisme, la tendresse et la certitude que « nous sommes l’amour ».

Elle écrit avec ce qui s’efface et qui, pourtant, nous reste, ce qui est fragile, voilé, ténu, le léger ou ce qui allège, l’immédiat, l’imminence de l’instant, le gracile, le frêle, le clair, le frais, l’effacé, l’effrité, l’éphémère, le bref, le fulgurant, le cursif, le balbutiant. Elle écrit avec « les cailloux des voyelles et des consonnes », « l’alphabet des embruns », « l’encre de la lisière ». Elle dit les choses les plus simples : les chants de la terre et du soleil, la lumière, le silence ou un bruit d’abeille, la mer, la parole des arbres, des oiseaux, jusqu’aux graminées, herbes et brindilles auxquelles elle va jusqu’à s’identifier… Revendiquant sa sensibilité féminine, elle est « femme à lèvres fleur » à la « silhouette herbacée ». Les deux photos de paysages en noir et blanc prises à Ramatuelle seraient-elles des autoportraits ?

Si le noir et blanc nous habite, il devient parfois musique avec « les notes noires et blanches de nos joies ». Il peut aussi se diversifier en une riche palette nuancée de peintre allant de la « verte contemplation » au « bleu de l’enfance » en passant par le « rouge de l’être », les « souvenirs blancs comme du jasmin », le jaune du citron, le gris clair, le vert tendre de la sollicitude.

Et quel besoin aurions-nous, nous lecteurs, de lire Nathalie Riera ?

Elle qui écrit pour rejoindre, pour s’unir à la colline de son enfance, être inséparable, pour se souvenir, pacifier, être solidaire, accepter, nous maintenir, ne pas perdre pied, parfois se disculper, concilier, n’aurions-nous pas besoin de la lire pour ces mêmes raisons ?

Art poétique, art de vivre, art d’aimer se rassemblent et se conjuguent chez Nathalie Riera dans l’affirmation de la Beauté. Puisse une telle poète nous aider à retrouver la source de celle-ci dans notre vie, inventer d’autres couleurs et mettre de l’amour, de l’espoir, de la lumière et ce « quelque chose d’heureux » même sur nos zones d’ombres et nos blessures…

Bibliogr.

Nathalie Riera a créé en 2008 la revue numérique Les Carnets d’eucharis.

Essais : La parole derrière les verrous, Ed. de l’Amandier, 2007

Poésie ClairVision, 2009, Publie.net.

Paysage d’été (à paraître en 2011).